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Lettre à une génération damnée, éditions Ndzé, 2009, 76 pages,
10 €.
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A propos de ‘Lettre
a une génération damnée’ de Toussaint Kafarhire Murhula
Par Emmanuel
Bueya
Un soir de Juin, je
me trouvais sur les marches de la bibliothèque de Boston College (Massachussets,
USA) lorsque je reçus un colis on ne peut trop léger pour contenir une
arme aussi lourde. En l’ouvrant, je découvris un recueil de poèmes.
Je suis loin, très loin de la
terre africaine. Loin de cette terre nôtre d’où partent ces nouvelles
de malemort qui chaque jour martèlent notre cœur en détresse. Lire des
poèmes dédiés à l’Afrique, sur cette terre où débarquèrent il y a
quelques siècles des Noirs rendus esclaves par la volonté de l’homme,
cela me parut très provocateur. Ces Noirs évoquent encore l’Afrique
comme la terre mère d’où ils viennent et où ils rêvent de repartir.
Retour impossible.
Je lis le liminaire: “Le
‘je’ disséminé aux quatre horizons de ce recueil, rencontré au hasard de
ces pages, subroge chaque voix disloquée au Congo” (p.7). Quelle est
cette voix? Ce n’est pas la cacophonie des parlementaires cocufiés, ni
la clameur des foules solitaires; c’est le cri de la femme violée, le
hurlement du prisonnier torturé, le râle du malade agonisant dans ces
hôpitaux de fortune…. Le poète évoque un ‘Congo qui émascule mes
projets et qui me broie entre l’échec et la honte’ (p.56), ‘un
Congo tout couvert des haillons (p.57). Le Congo! Le mot revient
comme un refrain des pleureuses professionnelles, celles qui ont appris
à embaumer les chances des adolescents pour leur offrir une paisible
attente d’éternité. Les vers de ces poèmes projettent dans la fange de
la réalité congolaise. On se noie dans la mare au diable d’une
république nominalement démocratique. On boit jusqu'à la lie le breuvage
de l’impuissance et de la résignation. C’est un poète du rêve brisé, un
artiste qui revient d’un voyage infernal, les yeux brûlés par l’horreur,
le regard voilé par l’innommable. Et pourtant, il refuse de laisser
mourir le rêve : “mon enfer et mon ciel se mélangent/je sais que je
peux toujours franchir la ligne/ parcourir les chemins de l’espérance”
(p.73). La génération damnée est-elle prêtre à prendre ce chemin de
rédemption? A chacun d’y répondre.
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