
L'histoire
secrète de Kimpa Vita, Editions Ices, 2009, 156 pages. |
Kimpa Vita, martyre et prophétesse du Kôngo
L'histoire
secrète de Kimpa Vita de Dieudonné Nkounkou paru aux Editions
ICES (2009) retrace les origines et le parcours de Kimpa Vita, une femme
au destin extraordinaire qui a vécu dans le royaume du Kôngo de 1684 à
1706.
Avant cette lecture,
ma vision des rapports entre l'Europe et l'Afrique était simple. Au XVIe,
découverte. Aux XVIIe et XVIIIe, montée en
puissance de la traite, au XIXe et début XIXe,
colonisation. Ce livre m'apprend que ce schéma est simpliste. La
colonisation débute au Kôngo dès les années 1490. Les Portugais mettent
au point une stratégie qu'Anglais, Belges et Français, exploiteront deux
siècles plus tard : créer une élite d'autochtones chargés de maintenir
l'asservissement des populations. Curieusement, cette politique commence
en 1490 comme elle s'est terminée dans la période post-coloniale qui a
suivi la prise des indépendances, en plaçant des conseillers auprès des
plus hautes autorités de l'état!
Le deuxième apport
de ce récit est la description minutieuse d'une civilisation brillante
en Afrique centrale, à cette époque. Une réponse à la prétendue
anhistoricité chère à certain président occidental.
Enfin, Kimpa Vita
est décrite comme une femme fascinante. Une Antigone d'Afrique qui
dresse, face au conformisme, à la soumission et à la lâcheté, une force
de caractère hors du commun. Son martyre ne peut et ne doit pas rester
ignoré.
Le texte présente
toutefois quelques faiblesses.
Sur le fond. La
quatrième de couverture parle de"roman historique". Où sont les
personnages, avec leur dimension psychologique? Le narrateur, par
exemple, est masqué, on ne saura rien de lui. J'y vois la métaphore de
l'auteur qui, par ce livre, assure la transmission du Savoir. Pas de
héros au sens romanesque, mais des protagonistes dont on décrit
minutieusement les faits et gestes. Ce serait donc plutôt un récit.
L'auteur n'est pas
historien, la confusion entre les XVIe et XVIIe
siècles est telle que les anachronismes sont légions (modes
de transport, commerce, esclavage par exemple). Ce n'est donc pas un
roman historique. En fait, l'auteur, brillant avocat, a oublié d'enlever
sa robe pour écrire, et je parlerai d'un vibrant plaidoyer pour Kimpa
Vita. A preuve la profusion des "En effet," (p. 25, p. 26, p. 29, p. 30,
p. 31…). Le bon côté, c'est que la description et l'analyse du procès de
Kimpa Vita sont passionnantes. Elles constituent à mes yeux les
meilleurs pages du livre. Gageons que, s'il avait vécu à cette époque,
Dieudonné Nkounkou aurait fait appel de la condamnation!
Sur la forme aussi
j'aurais quelques regrets à formuler. Le style est didactique : les
idées importantes répétées plusieurs fois. Certains concepts que le
Béotien que je suis ignorait comme celui des "Antonins", sont abordés 50
pages avant d'être explicités… Par ailleurs, la typographie, la
ponctuation, l'orthographe, la conjugaison sont déplorables, à l'image
de ce "Il parcoura la campagne" (p. 144). En fait, le travail éditorial
de correction et de relecture n'a pas été fait, et c'est dommage.
Pour autant,
l'enrichissement que m'a apporté L'histoire secrète de Kimpa Vita
est si important que, malgré ses imperfections, sa lecture est
indispensable à toute personne qui éprouve le moindre intérêt pour
l'Afrique.
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