
Le
barattage de la mer de lait,
poèmes, collection Les apprentis sorciers, Ndzé 2009, 64 pages,
10 € . |
Une déhistoire singulière
Par Gabriel Mwènè
Okoundji
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Oh que la nuit cafrine vienne et berce/ Avec
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ses mots de nénène créole/ Et son parfum
- de
fleurs où gît la lune
Ainsi parle, avec une maîtrise poétique
précieuse de la langue, du rythme et du souffle, Catherine Boudet dans
son dernier recueil de poèmes intitulé Le barattage de la mer de
lait. L'auteure est une jeune femme qui connaît parfaitement ce
que renferme le vocable en son noyau et qu'elle distille à merveille,
que ce vocable appartienne à la langue française ou à la langue créole.
Car cette réunionnaise qui vit et travaille à l'île Maurice, n'est pas
de ceux que l'indicible effarouche.
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Ici commencent les hautes terres de l'indicible/ Le sens a pris des
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allures de guerrier berbère/ Ils ont lancé les chiens sur le mot/
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Cadenassé l'oubli/ On en saigne.
Ce second recueil, bâti comme un récit
poème, confirme que la voix de Catherine Boudet est indéniablement
d'emblée de celles qui demain laisseront empreinte majeure dans la
parcelle des écrivains de langue française. Et c'est une voix venue des
territoires de l'océan indien. Point de commentaires. Laissons parler
l'évidence qui s'écoule d'elle-même comme fleuve en son cours, dans ce
mythe indien de la genèse du monde :
-
Nous/ Peuple mascarin/ Muet d'une langue
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qui ne s'écrit pas/ D'une langue plantée au
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cœur comme épine de corail
Et plus loin, dans le poème éponyme du
recueil :
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Moi/ Je suis le danseur sans parole/
Ne me
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demandez rien Je danse/ Et mon unique tâche
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céleste est de tenir rassemblés/les pans de cet
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univers que vous échardez de vos ongles
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cassants et laborieux.
J'ai cru personnellement lire dans les
vers qui suivent, la source et l'origine de la source du souffle de l'auteure.
- Et
Moi/ J'ai la gorge bleue de vos
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compromissions/ Dans mes cheveux coulent les
-
eaux du Cyclone.
Une poétique intarissable comme le
cyclone des îles ...
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