N°15  
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LA RENAISSANCE DU QUARTIER LATIN
LES ANNEES NOIRES D'UN JOURNALISTE EN ALGERIE
PATERA : LE CRI D'UNE FEMME SENEGALAISE

Patera de Aïssatou Diamanka-Besland, roman, Editions Henry, 2009, 216 pages, 12€.

Patera : le cri d’une femme sénégalaise

 

Aïssatou Diamanka-Besland signe un second roman intitulé Patera, terme qui désigne en espagnol la barque qu’utilisent les immigrés clandestins. De fait, la narratrice ne cache pas son objectif, mettre en garde les candidats à l’immigration qui risquent leur vie pour atteindre un Eldorado qui n’existe pas : « Je sais que la plupart de ces jeunes (…) vivraient dans la misère et la pauvreté, et seraient touchés dans leur dignité. » Elle dénonce avec sincérité le rôle  de ceux qui entretiennent le mirage : « Je voulais dire que nos compatriotes qui vivaient en Europe y étaient aussi pour quelque chose. Pourquoi ne disaient-ils pas la vérité ? Pourquoi rentraient-ils au pays avec une seule idée en tête : paraître, susciter l’envie ? »

 

Mais, en réalité, ce livre est un cri : « Hurler ! Parler ! Parler de ma rage ! » Un cri de femme pour les femmes. Pour leur droit de vire dans la dignité : « Nos pensées ne pouvaient se réduire à une simple vie de jeune femme qui devait obéir. Obéir toute notre vie. Impossible ! » L’auteure dénonce avec force ces épouses qui restent au pays tandis que leur mari refait sa vie en Occident. Elles deviennent en quelque sorte les veuves de maris vivants :

« Avez-vous une femme au pays ?

- Oui, deux. Deux femmes, me répondit-il avec un sourire large.

-Occupez-vous d’elles, monsieur, elles vous attendent avec impatience. Depuis quand n’êtes vous parti les voir ?

- Depuis plus de six ans ! Elles attendent, elles n’ont pas le choix, ce sont mes femmes. »

 

Je dois à la vérité de dire que ce texte comporte une faiblesse. Les personnages principaux qui sont des femmes ne se différencient que par leur prénom. Si on laisse le livre pendant trois jours, quand on le reprend, on ne sait plus si Soukeïna est à Dakar ou New York, si Oulimata est mariée ou étudiante, etc. La lecture devient difficile, et j’ai dû reprendre je ne sais combien de fois le premier chapitre. Donner un détail physique ou comportemental est un moyen mnémotechnique simple pour fixer un personnage dans la tête du lecteur. C’est à l’éditeur de faire cette remarque à l’auteur.

 Pour autant, qu’on ne s’y trompe pas, la lecture de ce roman original est si enrichissante qu’il vaut la peine la peine de le terminer.