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Spécial salons du livre 2010
Cairo International Book Fair :
colossal !
Du 28 janvier au 13
février, au cœur moderne de la capitale de l’Egypte, dans un parc de 40
hectares, 7 immenses halls et des centaines de tentes abritant des
milliers d’éditeurs reçoivent un million et demi de visiteurs :
pharaonique ! Le tout est organisé par la GEBO (General Egyptian Book
Organisation) avec une parfaite maîtrise, en particulier au plan de
la sécurité.
Le pavillon international
95% des livres présentés étant en arabe,
j’ai surtout fréquenté le pavillon international. Un lieu spacieux, avec
des salons de réception luxueusement meublés. La professeure Hanan
Mounib en est la chef d’orchestre. Une femme élégante, intelligente,
cultivée, efficiente, simple, disponible à tous… En la voyant œuvrer, on
se demande comment une seule personne peut réunir autant de qualités ?
Pendant 10 jours, du matin au soir, les
rencontres et conférences se succèdent avec traduction simultanée en
quatre langues (arabe, français, anglais, italien). Le monde entier (ou
presque…) défile, de la Chine à l’Amérique du sud en passant par
l’Afrique noire.
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De g. à d. Mme
Hanan Mounib, Dr. Saber Arab, directeur de la GEBO et Président du Book
Fair, et leurs invités d’honneur, Jean Divasa Nyama et
Julien Kilanga
Musinde. |
Une absence remarquée, celle de la France
La littérature française existe-t-elle
encore ? Au Caire la question est pertinente puisque la France a renoncé
à y tenir un stand. Même lors des rencontres, c’est un attaché cultuel
(le plus bas dans l’échelle des diplomates) qui représentait le pays qui
copréside avec l’Egypte l’Union pour la Méditerranée. Le malheureux a
été pris à partie à deux reprises, et par des Français. Le premier était
un directeur de département à la Sorbonne (université de Paris) qui lui
a reproché de refuser le visa à des professeurs égyptiens invités par la
Sorbonne. Silence… Le deuxième a demandé pourquoi les élèves qui le
désirent ne peuvent pas apprendre l’arabe en France. La réponse :
« Nous avons sollicité en vain les pays du monde arabe pour nous fournir
des professeurs » a soulevé l’indignation. La France demande-t-elle
aux USA de lui envoyer des professeurs d’anglais ? On comprend pourquoi
ni l’ambassadeur ni son conseiller culturel ne sont pas venus.
La présence de L’OIF.
Si la France ne peut plus tenir son rang,
il reste tout de même un rempart face à la déferlante anglophone, c’est
l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie). Elle
était présente au salon, et au plus haut niveau en la personne de
Julien Kilanga
Musinde, Directeur des langues et de l’écrit à L’OIF. Madame Hanan
Mounib, ardente francophile, a donné la parole aussi souvent que
possible à ce brillant poète, ancien Recteur de l’Université de
Lubumbashi.
Egypte, porte ouverte de la culture
mondiale
Pont naturel entre l’Asie et l’Afrique,
carrefour entre l’Occident let le Monde arabe, matrice originelle de nos
diverses cultures, l’Egypte est un pôle incontournable de la culture
mondiale. Le succès du Book Fair devrait amener les hommes de culture de
l’Afrique noire à réfléchir sur l’importance de présenter leur
littérature à cette manifestation.
Salon du livre d’Afrique de Luxembourg :
le plus sympa !
Etudiante à Sciences-Po, Estelle Wanssy
avait été l’une des cofondatrices du salon du livre d’Afrique à l’Unesco
(Paris). Travaillant à Luxembourg, elle y a fondé l’association Rêves
d’Afrique, aidée par un jeune français, Patrick Bür.
Le Luxembourg est un tout petit état
enclavé au cœur de l’Europe. Il est étonnement ouvert vers les autres,
et un panneau rappelle que 63% des Luxembourgeois ont au moins un de
leurs grands-parents né à l’étranger. Autant dire que le Festival des
Migrations des Cultures et de la Citoyenneté du 19 au 21 mars
organisé par le CLAE est une manifestation majeure fréquentée par des
dizaines de milliers de visiteurs, dont certains viennent des pays
voisins (Allemagne, Belgique, France).
C’est dans ce cadre qu’Estelle et Patrick
ont dressé le Salon du livre d’Afrique, une manifestation modeste
par son ampleur, mais organisée à la perfection. Leur emplacement est
idéal : les stands sont implantés à l’entrée du festival, et aucun
visiteur ne peut échapper aux regards des écrivains africains. C’est
ainsi qu’outre les Luxembourgeois, des Grecs, Roumains, Turcs,
Maghrebins, Slovènes, etc., découvrent un des meilleurs visages de
l’Afrique noire : sa littérature. On imagine l’intérêt de ces rencontres
et la richesse des discussions.
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De g. à d. Rachid Boudjedra (Algérie), Jean Divassa Nyama (Gabon),
Jorus Mabiala (Congo). |
Le choix des invités est judicieux, et
c’est toute l’Afrique francophone que les Luxembourgeois découvrent
d’année en année, des stars du Renaudot, aux jeunes talents qui n’ont
pas encore fait parler d’eux.
Un seul bémol : les lecteurs se plaignent
de ne pas pouvoir trouver les livres en dehors de ce salon. Nous leur
répondons qu’aucun des libraires de Luxembourg n’a accepté de prendre
nos livres. Pourquoi ? Mystère…
Aucun doute, l’efficacité, la
disponibilité et la gentillesse d’Estelle Wanssy et Patick Bür sont pour
beaucoup dans le plaisir qu’on a de participer à ce salon pour lequel
j’ai un « coup de cœur ».
Salon de Paris :
la surprise vient de Brazzaville !
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Eugénie Diecky (Africa N°1) anime avec la passion qu’on
lui connaît la rencontre avec les écrivains togolais, Théo Ananissoh (à
g.) et Kangni Alem (à d.). |
C’est sans
enthousiasme que je m’apprêtais à participer du 25 au 31 mars au Salon
International du livre de Paris. L’Afrique y est présente dans le cadre
du stand de Cultures France. Les débats, très importants cette
année où on célèbre le cinquantenaire des indépendances de 14 pays
d’Afrique, étaient organisés par Nathalie Phlippe et Anne du Parquet.
Leur excellente connaissance de la littérature africaine et des auteurs
ainsi que la pugnacité dont elles font preuve pour faire venir des
jeunes talents d’Afrique et des Caraïbes ont fait de ces rencontres des
moments précieux, même si les auteurs ont oublié la célébration et n’ont
parlé que de leurs livres. Hélas, la librairie est confiée à une
boutique parisienne, dont les vendeurs refusent de comprendre le sens de
leur mission. Seuls les éditeurs qu’ils connaissent (Gallimard, le
Seuil, etc.) ont droit aux tables. Les livres venant d’Afrique sont
cachés dans les profondeurs des rayonnages. A ceux qui les réclament,
ils répondent « Nous ne les avons pas ». Un mensonge dont le résultat
est tragique.
Livres et auteurs
du Bassin du Congo
Oh surprise ! Cette
année, un nouveau stand est venu réveiller le lion somnolent.
Organisation parfaite. Présentation soignée dans les moindres détails.
Programmation intelligente. Mise en valeur des livres africains.
Ecrivains et éditeurs traités comme des VIP. Hôtesses craquantes.
Ambiance Afrique garantie. Que demander de plus ? Le stand « Livres
et auteurs du Bassin du Congo », organisé par Les dépêches de
Brazzaville, a fait découvrir aux Parisiens les littératures
d’Afrique centrale. Pas une chaise libre lors des rencontres ; dédicaces
où on fait la queue. Il n’y a pas de secret, avec un travail de pro, le
succès est au rendez-vous. Ah oui, nous avons passé de bons, de grands
moments sur ce stand !
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Un
stand bien conçu…
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Très vite envahi par la foule |
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Est-ce, comme trop
souvent en Afrique, un coup sans lendemain ? Leur retour l’an prochain
est une hypothèse vraisemblable, car les organisateurs ont ouvert au 23
rue Vanneau, Paris 7ème, une librairie-galerie d’art qui
assure la pérennité de la disponibilité des livres. Gageons que cette
adresse deviendra vite incontournable.,
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Rencontres
Afrique-Caraïbes de Châtenay-Malabry : chaude ambiance
Banlieue de Paris, le 7 avril. Un
Africain, en France, peut-il s’intégrer sans se renier ? Dans le cas de
Caya Makélé, la réponse est évidente, c’est oui. Le fondateur des
Editions Acoria, créateur de cette manifestation est devenu en quelques
années un incontournable de la vie culturelle de sa ville d’adoption :
Châtenay Malabry. L’amicale complicité avec Georges Siffredi, son
maire-député, fait plaisir à voir. Pour autant, ce Congolais d’origine
n’a rien renié de son passé. Ses rencontres sont depuis trois ans une
réussite. Dans le décor futuriste hallucinant du foyer du théâtre de la
Piscine, en quelques notes d’accordéon, ses ami(e)s spécialistes de
l’animation, Charly Malela,
Jorus Mabiala et Virginie
Mouanda Kibinde, nous ont transportés par leur humour et leur joie vivre
là-bas, sur les rives du Congo.
Salon africain du
livre et de la presse de Genève : bof…
Le salon international du livre de Genève
implanté à Palexpo du 28 avril au 2 mai est une manifestation colorée,
animée et bien fréquentée (plus de cent mille visiteurs attendus). À ne
pas confondre avec, au centre, cerné par des cloisons opaques, une sorte
de township dénommé Salon africain du livre et de la presse.
Tout a bien commencé par la remise du
prix Ahmadou Kourouma par le professeur Jacques Chevrier, président du
jury, au top de sa forme. Le lauréat 2010 est Florent Couao-Zotti. J’ai
regretté la désaffection pour l’évènement des médias suisses, qui
tenaient pourtant un stand au salon.
Très vite, il est apparu que la
programmation était maladroite, voire provocatrice, au point que
certains écrivains africains ont fait circuler un tract appelant au
boycott de la manifestation. Ambiance délétère qui s’est traduite par un
public clairsemé lors de certains débats et des dédicaces où on était
loin de faire la queue. Le point positif, c’est la librairie : les
livres étaient bien présentés, le personnel disponible et accueillant.
En fait, ce qui me gêne le plus, c’est l’omission de l’Afrique. À part
le lauréat du prix, aucun écrivain du continent n’était invité.
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Dédicace d’Eric Joël Bekale à la
librairie africaine où les livres sont judicieusement mis en valeur. |
La directrice du salon du livre de
Genève, Madame Adeline Beaux, une femme jeune, souriante, active, a
peut-être ressenti le repli sur soi du salon africain, puisqu’elle a
éprouvé le besoin d’ouvrir un second espace africain, à l’opposé du
premier. Un stand accueillant, à la décoration soignée, où le public a
afflué pour sentir battre le cœur de l’Afrique. L’animation était
assurée par Lamine Mbengue, un griot sénégalais qui s’inspire des contes
de Cheikh Anta Diop.
Je retiendrai qu’en la quasi absence de
l’Afrique, de sa presse et de toute animation, le salon africain du
livre de Genève est un non-évènement.
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