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Afrique
en toutes independances,
collectif, revue Riveneuve Continents N° 11, avril 2010,
230 pages, 20 €. |
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Ludovic Obiang |
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Afrique, en toutes indépendances
Les
éditions Riveneuve publient une revue intitulée Riveneuve
Continents (3 numéros par an) qui se présente comme un livre
broché d’excellente qualité. Alain Sancerni, grand africaniste en est le
Directeur, et le comité de rédaction impressionne par la notoriété de
ses membres, Cheikh Hamidou Kane, Le Clezio, ou Henri Lopes, pour ne
citer qu’eux. Le 11ème numéro est consacré au cinquantenaire
des indépendances en Afrique.
Ludovic Obiang : le retour.
Après avoir publié deux chef-d’œuvres
intitulés L’enfant des masques et Et si les
crocodiles pleuraient pour de vrai, Ludovic Obiang, que Jacques
Chevrier compare à Gérard de Nerval, s’est enfermé dans un mutisme
inquiétant. D’un caractère ombrageux (il m’a un jour écrit : « vous êtes
un vieux colon raciste »), les écrivains de sa génération s’en sont
écartés peu à peu, à l’instar de Yambo Ouologuem. Il fait un come-back
fracassant dans cette revue, sous le titre Traducteur ou traître ?
Ce qui frappe chez cet écrivain, c’est sa
capacité à dire les choses les plus subtiles avec des mots simples. Chez
lui, point de "palimpseste" ou de "paradigme". Mais, quel niveau de
réflexion. ! Et aussi d’érudition. Car son article est une démonstration
à la rigueur toute mathématique que « la plupart des "libérateurs"
portés au pouvoir par des élections "libres" respectent mutatis
mutantis le parcours de l’interprète colonial », qu’il qualifie de
« Tout à la fois leurre, bouc émissaire, bouclier, boufon ». La langue
de bois n’est pas son fort : « Les leaders sont plus que jamais inaptes
à conduire leur peuple à la terre promise du "développement". ». Ou
encore : « la connexion entre les instances occidentales et les pouvoirs
africains est un secret de polichinelle ». On observera la finesse de
l’emploi de "instances" là où d’autres auraient écrit "puissances". Il
conclut son réquisitoire d’un : « selon des idéologies exaltantes
confuses ou tendancieuses (négritude, authenticité, ivoirité, etc.), le
dirigeant interprète parvient à faire avaler au peuple la couleuvre de
sa spoliation. »
Mais, son article ne s’arrête pas là, ce
serait top facile, et il le termine par un plaidoyer pour ces mêmes
leaders en s’interrogeant sur la possibilité qu’ils avaient et ont
toujours de faire autre chose, compte tenu de la nature même de leur
pouvoir. Il faut reconnaître que les assassinats d’Ali Soilihi aux
Comores et de Thomas Sankara au Burkina Faso abondent dans son sens.
Il reste à souhaiter que la réapparition
de Ludovic Obiang ne soit pas une parenthèse avant une nouvelle apnée,
mais qu’il nous offre des textes, tout aussi décapants que de l’alcool
pur, qu’on peut consommer sans modération.
Et les autres ?
C’est inégal.
J’ai bien apprécié l’abécédaire sur la BD
d’Afrique francophone de Christophe Cassiau Haurie. Didactique
avec simplicité, l’écriture en est plaisante, et impressionnante
l’érudition..
Je tiens Abdourahman Waberi pour
un écrivain majeur, mais je me demande si sa contribution n’est pas un
réemploi… Que vient faire là l’énumération des collaborateurs du
commissaire d’une exposition à Berlin ? Cela me conforte dans l’idée
que, pour un grand écrivain, il ne devrait pas y avoir de petit texte.
L’amertume qui se dégage du texte de
Venance Konan, Cherchez le sorcier, m’a ému. Sa
sincérité aussi.
A cet afro-pessimisme le poète et
psychologue Gabriel Okoundji oppose l’acceptation de soi :
« La panthère ne renie pas les taches
d’ombre
de sa peau »
Il a sans doute raison : l’auto
flagellation n’est pas porteuse de solution, et à force de regarder en
arrière, ne risque-t-on pas de vivre le mythe d’Orphée ? On me
rétorquera qu’ignorer les leçons du passé, c’est courir le risque de
refaire les mêmes erreurs. Rien n’est simple.
Heureusement, la porte s’entrouvre à la
lecture du superbe discours de Cheikh Hamidou Kane qui se termine
par : « L’Afrique n’est pas démunie, elle est seulement désunie. »
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